4h30, le cadran sonne. Il fait bien noir dehors, la nuit a été agitée. On emballe notre stock, on vérifie 3 fois pour être sûrs qu'on a tout, on déjeune et on part vers le site de compé. Nos vélos sont déjà dans la zone de transition depuis la veille. C'est comme ça: aucun vélo n'entre le jour de la compétition. En arrivant, c'est la vérification des casques et le marquage. Ensuite, on va installer notre zone de transition. L'espace est calculé au pouce près, pas de place pour s'étendre. 6h15, une heure avant le départ. On doit quitter la zone de transition pour ne plus y revenir avant que la portion natation soit finie. Le verdict est tombé: l'eau est à 21 degrés, donc le wetsuit est permis. Zut. Faut se décider!
J'ai décidé de le mettre: je fighte plus quand je l'ai sur le dos. Ensuite on marche jusqu'au départ (une bonne vingtaine de minutes). Tant mieux, ça fait un réchauffement. 7h00, on est sur la plage. Premier départ de filles. Là, le stress monte. On avance vers l'eau vague par vague. 7h06, 2e vague qui part. Là c'est nous qui avons les orteils derrière la corde. Le starteur annonce «one minute!», j'ai l'impression que je vais mourir de peur. Finalement on part, beaucoup moins agressif que ce que je pensais. Je suis sûrement bien tombée parce que je ne me suis pas fait brasser pantoute. Mais j'ai trouvé la natation longue, surtout quand j'ai vu que la tranche d'âge partie 6mmin après nous me rattrapait! Maudite marde. Mais ça donne un kick de plus! J'ai finalement fait 33min, ce qui est quand même grosso modo 5min de plus que normalement.
Faut dire qu’à la natation, moi ce qui me fait avancer, c’est mon kick. Mais là, en wetsuit dans l’eau salée, je flottais tellement que je pense que mon kick était plus dans l’air que dans l’eau. Mais j’ai fini par arriver à la sortie de natation : une belle plage de sable australien fin comme de la poudre. Courir là-dedans en wetsuit après 1500m de nat, oh boy! Je devais avoir l’air saoule. En plus j’avais commencé à cramper des mollets en nageant parce que je commençais à déshydrater (avaler de l’eau + pas boire = pas bon!). J’ai eu un brin de misère à enlever mon wet, en plus on courait salement longtemps avant d’arriver à notre bike.
En vélo, je me sentais bien. J’avais de l’eau à boire, enfin! Mais j’ai pris un gel de glucides en partant sur le vélo, alors ça plus l’eau salée de la natation, j’avais fini ma première gourde d’eau dans les 10 premiers kilomètres de vélo. Oh oh! Ça s’annonçait problématique. Mais bon, je le sentais bien et j’ai roulé un peu plus vite que d’habitude. Je pense que le fait que ce soit seulement 2 boucles de 20km au lieu de 8 boucles de 5km ça aide, parce que je ralentis vraiment dans les virages à 180 degrés.
La transition s’est bien passée, j’ai même eu le temps de mettre des bas pour éviter les ampoules. 30 secondes de plus pour ne pas saigner pendant 10km, ça vaut la peine! J’appréhendais vraiment cette portion de la compé. J’avais couru dans les jours avant, ça allait, mais faut dire que j’avais pas la fatigue du reste de la compé. Je suis partie très conservatrice, je ne voulais pas prendre de chance.
Il était environ 9h15, la chaleur se faisait sentir et le soleil s’en venait à son plus fort. (Présentement ici le soleil est plus fort à 9h le matin qu’à 14h l’après-midi). Je savais que ça allait faire mal, alors au premier point d’eau, j’ai ralenti pour prendre de l’eau et du gatorade. Mais le mal était déjà fait : j’avais manqué d’eau au vélo et avec la natation, j’avais commencé à me déshydrater. Je courais et je crampais de partout. 3-4 pas : ayoye le quadricep qui fige! J’essaie de courir un peu différemment : bang l’ischio de l’autre jambe qui jamme! Je capotais. J’arrêtais quelques secondes à des places pour m’étirer tellement ça faisait mal.
Je prenais autant de liquide que possible aux points d’eau, mais après ça donne des crampes au ventre! Alors je savais pu quoi faire… J’ai arrêté à un point d’eau un moment donné et j’ai chancelé suffisamment pour qu’ils me fassent asseoir et qu’ils appellent le médical. Ça allait super bien quoi! Mais finalement le médical c’était long et je me suis dit «C’est pas vrai que je vais être venue en Australie pour pas finir!». Alors je suis dit que c’était entre mes 2 oreilles et que j’en étais capable si je le voulais. Je suis donc repartie, mais mes jambes m’ont rapidement fait comprendre que c’était pas dans ma tête.
J’ai finalement continué du mieux que je pouvais, en m’étirant de temps à autre et avec mon papa qui a fait le dernier kilomètre avec moi, et je l’ai passée la ligne d’arrivée. Mon temps de course est une horreur : 1h10, un moyenne de 7min du kilomètre. Quand je marche vite je dois marcher à cette vitesse-là. Mes jogs vraiment tranquilles sont à 6min du kilomètre. J’aimerais ça pouvoir dire que ça ne me dérange pas, qu’au moins je l’ai fini, mais tout de même. J’aurais aimé le finir sans avoir à marcher, à m’étirer et à me faire asseoir. Si ça avait pris le même temps (ce qui m’aurait étonné), au moins j’aurais pu avoir l’impression d’avoir eu plus ma place là-bas. Mais là je me sentais vraiment poche quand tout le monde me dépassait.
Mais voilà, c’est fait, c’est chose du passé! C’est fou, toute une année de préparation qui se termine ici. Et on sait que ça n’a pas été une année facile. J’aurais donc bien aimé pouvoir m’entrainer autant que prévu, pouvoir dire que j’ai fait la course de ma vie, me sentir vraiment comme une top athlète. Là le feeling est différent. J’ai appris beaucoup cette année en tous cas, sur moi et sur ma santé. Il ne reste qu’à laisser la fin du voyage compenser pour tout ça!
PS: les autres photos viendront plus tard, quand je serai installée!

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